Un éclairage historique
Introduction
Unique en Europe, le Musée de la Guerre de 1870 et de l’Annexion, situé à Gravelotte, est un lieu incontournable pour découvrir l’histoire de la guerre franco-prussienne et de ses conséquences pour le territoire. À travers un parcours permanent de 900m2, allant des objets historiques aux cartes et documents d’époque, plongez dans le quotidien des soldats et des civils durant ce conflit. Le musée met également en lumière l’annexion de l’Alsace-Moselle par l’Empire Allemand, une période marquée par des bouleversements politiques et sociaux majeurs. Un lieu de mémoire poignante, essentiel pour comprendre un tournant crucial dans l’histoire de la France et de l’Europe.
Les évènements
Le saviez-vous ?
Origine du musée
Né de la volonté de préserver la mémoire du conflit franco-prussien de 1870, le premier musée voit le jour au lendemain de la guerre, grâce à deux Lorrains : Elisabeth Erpeldinger et son frère Viktor, qui rassemblent de nombreux souvenirs et objets liés aux combats dont beaucoup furent ramassés directement sur le champ de bataille. Vers 1875, ils présentent leur importante collection d’objets dans un bâtiment construit spécialement, dans le village de Gravelotte, à proximité des champs de bataille : le Kriegsmuseum. Le musée est racheté en 1910 par l’Association pour l’ornementation et l’entretien des tombes et des monuments autour de Metz.
Bouleversements
Marqués par les conflits successifs de la Première et la Seconde Guerre mondiale, le musée et la guerre de 1870 tombent peu à peu dans l’oubli, le bâtiment subit de lourds dommages causés par les bombardements ainsi que par les combats et il est également victime de pillages.
Il renaît en 1952 dans un local provisoire grâce à la volonté de l’association des amis du musée de Gravelotte et du Souvenir français, il est ensuite installé dans un nouveau bâtiment en 1958 et reconnu musée « contrôlé » par le ministère de la Culture. Cependant, la commune n’ayant pas de moyens financiers suffisants, l’édifice et les objets se dégradent lentement. Il est victime de vols ainsi que d’un attentat en 1978, les collections s’appauvrissent.
En 1992, le Parc Naturel Régional de Lorraine crée un Syndicat intercommunal afin de permettre le recrutement d’un conservateur, responsable des trois musées contrôlés du Parc dont le musée militaire à Gravelotte.
Renaissance
Le 31 mars 2000, la gestion des collections est transférée au Département de la Moselle. En constatant l’importance des travaux, il décida alors la fermeture définitive du lieu pour entamer un nouveau projet muséographique. Un musée est alors construit, à quelques mètres de l’ancien. Dessiné par l’architecte Bruno Mader et repensé par le muséographe Pierre Verger, il met en avant, à travers une architecture innovante, les divers états et sentiments liés à la guerre : tensions, paix et espoir. Son ouverture est célébrée en 2014.
Une architecture moderne au service de la mémoire
Implanté au cœur des anciens champs de bataille de Gravelotte, le musée allie modernité et symbolique. Son architecture accompagne le visiteur dans une expérience mêlant émotion, réflexion et transmission. Le bâtiment se distingue par une forme monolithique en métal patiné, sobre et puissante. Sa toiture ondulée et ses façades en pente dialoguent avec l’environnement, tandis que des entailles en forme de lames d’acier créent des sheds qui apportent une lumière nordique. Cette silhouette évoque à la fois les tensions de la guerre et l’espoir, suggéré par une large ouverture vers la campagne.
Les façades en laiton patiné, évoquant l’acier « canon de fusil », se teintent progressivement de brun anthracite. Les panneaux pivotants produisent des jeux d’ombre et de lumière, animant le bâtiment et lui donnant mouvement et profondeur.
Hall d'entrée : un espace entre guerre et paix
Le hall d’entrée est le véritable cœur du musée. Conçu en double hauteur, il s’ouvre à la lumière naturelle, créant une atmosphère entre intérieur et extérieur. Cet espace vivant s’anime au rythme des visiteurs qui le traversent à différents niveaux. Les parois sombres et irrégulières ainsi que la toiture entaillée rappellent ce que représente une guerre, une fracture, des destructions, tandis que les percées lumineuses évoquent l’espoir et la paix retrouvée. Depuis l’extérieur, le hall constitue une percée visuelle, un appel.
Plongée au coeur du conflit
L’exposition permanente présente sur 900 m2 de nombreuses collections militaires, mais l’esprit de ce musée dépasse largement la Guerre de 1870. Il raconte une histoire, celle des Mosellans, dans la période autour de l’Annexion jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. À travers plus de 6 000 objets – uniformes, armes, œuvres d’art, documents, photographies et témoignages – le parcours met en lumière la violence des combats. Dès la première salle, les objets marqués par le feu et le sang côtoient les poèmes de Rimbaud et Freiligrath, donnant à ressentir la brutalité du conflit et la douleur des hommes pris dans la tourmente.
Au fil des batailles
Le visiteur suit ensuite les premières batailles d’Alsace jusqu’à la chute du Second Empire et la signature du traité de Francfort. Les grandes batailles de Borny, Rezonville-Mars-la-Tour et Gravelotte-Saint-Privat sont racontées à travers cartes, photographies et uniformes authentiques, comme celui du général Decaen. L’exposition évoque aussi le siège de Metz, la défaite de Sedan et les conséquences de la guerre : l’annexion de l’Alsace et de la Moselle et la naissance du Reichsland. La vie quotidienne sous l’administration allemande, la germanisation, mais aussi le maintien du sentiment francophile, sont présentés grâce à des objets, films et reconstitutions.
Souvenir et commémoration
Enfin, la dernière partie du parcours aborde la mémoire du conflit, entre commémorations, monuments et œuvres d’art emblématiques, comme les fragments du Panorama de Rezonville ou le tableau En Lorraine d’Albert Bettannier. Le musée invite ainsi à une double réflexion : sur la guerre elle-même et sur la manière dont elle a façonné durablement les identités française et allemande jusqu’à la Première Guerre mondiale. Plus qu’une exposition historique, c’est une véritable immersion dans une mémoire partagée, faite de blessures, de souvenirs et d’espérance.
32 000 morts à Gravelotte
Napoléon III, malgré la maladie, prend la tête de l’armée française mobilisée près du Rhin, mais les défaites s’enchaînent dès début août 1870 : Wissembourg, Frœschwiller et Spicheren. Contraint de se retirer, il confie le commandement au maréchal Bazaine, tandis que les troupes prussiennes de von Moltke progressent en Lorraine.
Du 14 au 18 août, plusieurs combats autour de Metz culminent avec la bataille de Gravelotte. Bazaine y engage environ 113 000 soldats contre 190 000 Prussiens. Plus de 32 000 hommes, dont le général Decaen, y périssent. En infériorité numérique, les Français se replient vers Metz, rapidement assiégée.
Ces affrontements d’une violence exceptionnelle font près de 75 000 morts en quelques jours. La Prusse prend définitivement l’avantage, laissant la France exsangue et son armée dans une impasse dont elle ne se relèvera pas.
Capitulation et traité de Francfort
À Metz, militaires et civils subissent un siège long et difficile, marqué par la famine. Pendant ce temps, Napoléon III tente de progresser vers Châlons pour intercepter les armées allemandes, mais il est finalement confronté à l’ennemi à Sedan les 1er et 2 septembre 1870. Les combats sont violents et les Français, dépassés par la puissance prussienne, ne peuvent l’emporter. Le 2 septembre, Napoléon III capitule, entraînant la chute du Second Empire et la proclamation de la République.
Un gouvernement de « défense nationale » est formé pour poursuivre la guerre, mais l’armée française subit de nouvelles défaites. À Metz, Bazaine capitule le 29 octobre, un acte perçu comme une trahison. La guerre s’achève avec l’armistice du 28 janvier 1871, suivi de la signature du Traité de Francfort le 10 mai 1871, qui officialise l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne.
Une expression encore utilisée de nos jours
L’expression « Ça tombe comme à Gravelotte », aujourd’hui employée dans la culture populaire française pour décrire une pluie abondante, est en réalité tristement célèbre. Elle témoigne de la violence de la guerre de 1870. À Gravelotte, sur la seule journée du 16 août, on a compté environ 32 000 morts, blessés ou disparus. Près de 75000 l’ont été pour l’ensemble des combats des 14 au 18 août 1870.
Le Reichsland
Une partie de l’exposition permanente du musée traite du Reichsland et de la germanisation des populations annexées, ainsi que de la vie quotidienne en Alsace et en Moselle durant cette période.
Le Traité de Francfort du 10 mai 1871 cède l’Alsace et la Moselle à l’Allemagne, qui en fait le Reichsland d’Alsace-Lorraine, placé sous l’autorité de Berlin pendant 48 ans. Le choc est immense : les habitants doivent choisir leur nationalité, et environ 120 000 optent pour la France et s’exilent.
L’Allemagne entreprend alors de transformer la région politiquement, économiquement et culturellement : administration, école et armée passent à l’heure allemande, Strasbourg devient une capitale impériale modernisée, et l’économie se développe grâce à de grands investissements. Malgré cela, un sentiment francophile persiste.
La Première Guerre mondiale impose la loi martiale et une stricte autorité militaire. L’annexion prend fin avec l’armistice du 11 novembre 1918. Ces 48 années ont durablement marqué le territoire, elles sont encore visibles aujourd’hui dans le droit local, l’urbanisme et l’architecture.
La halle du Souvenir
La campagne de Gravelotte, théâtre des combats de 1870, abrite encore de nombreux monuments commémoratifs. Le plus important est la Halle du Souvenir, en pierre de Jaumont, conçue par l’architecte Hermann Albrecht. Inaugurée le 11 mai 1905 par Guillaume II, elle évoque un cloître et accueillait autrefois une statue en bronze de plus de trois mètres, l’Ange de la résurrection, aujourd’hui disparue.
La Halle abritait également les bustes de Guillaume Ier et du prince Frédéric Charles, ainsi que des médaillons de chefs militaires allemands détruits en 1918. Le musée en conserve cependant les plâtres.
Le cimetière militaire rassemble des tombes françaises et allemandes, ainsi que divers monuments provenant des champs de bataille. Si des vestiges de la guerre de 1870 existent dans de nombreux départements, ils sont particulièrement nombreux dans l’est, où se sont concentrés les affrontements.
En images
Plein tarif : 7 €
Tarif réduit : 5 €
Gratuité : – 12 ans et personnes à mobilité réduite et leur accompagnant.
7 février au 13 décembre
Du mardi au dimanche et jours fériés : 10h à 13h – 14h à 18h
(Fermé les lundis et le 1er mai)